Les dimanches du mois d'Août, lorsque les enfants sont avec leur grand-mère en Alsace, là même où je vous ai emmenés il y a quelque temps, sont propices aux balades en Provence ...
Les journées sont bien longues, l'ambiance est encore aux vacances ... Alors on part sans savoir vraiment où l'on ira et l'on se laisse guider par l'instinct et la douceur du moment présent.
On peut décider par exemple de se diriger vers l'Ouest, et se retrouver coincé dans les embouteillages ... la faute aux pauvres touristes qui repartent vers des terres moins ensoleillées ... On prend alors les chemins de traverse ... on n'est pas pressé, nous ... Ça nous donne l'occasion de traverser des villes que l'on ne connaît que par leur nom, inscrit en grosses lettres sur les panneaux sur l'autoroute ... Et puis les villes regorgent de petits restaurants bien sympathiques qu'il serait dommage de ne laisser qu'aux autochtones ... Pour l'instant, nous sommes à Salon-de-Provence ... ville du célèbre Nostradamus ...
... et que l'on se rend compte qu'il est plus que temps de s'arrêter un peu ... La carte est belle et la petite terrasse intérieure est adorable ...
Quelques tartines de "poivronnade" pour attendre ... Le cuisinier est appliqué et doit pouvoir prendre son temps ...
Une terrine de melon, avec un coulis fleurant bon le muscat, commence le repas avec un brin de folie élégante ...
La terrine de petits légumes croquants et filets de rouget est bien tentante aussi ...
Une tête de veau, parfaite avec sa sauce gribiche ... Voilà un plat que j'adore et que je ne fais jamais ... Profitons-en ...
Une terrine fraîche à nouveau pour le dessert, à la fraise, cette fois ...
Parfait repas d'été avec un petit verre de vin rouge ... Rien de bien compliqué, en fait, mais tout de belle facture ... pour une poignée d'euros ... petite, la poignée ... En continuant la route, on passe par Cavaillon, juste sous une colline que vous commencez à connaître ... celle de la belle Garance ...
En continuant un peu plus loin, après une délicieuse divagation au fil des petites routes provençales, on arrive à l'Isle sur la Sorgue. Si vous n'êtes jamais allé vous perdre par là-bas, n'hésitez plus et filez-y au plus vite ...
Cette petite ville de 20 000 habitants fait partie des joyaux de la Provence ... Située dans la grande plaine du Comtat Venaissin, elle est parcourue de nombreux canaux alimentés par la rivière Sorgue ...
Au fil de l'eau, de grandes roues à aubes, dont certaines fonctionnent encore, mais juste pour le plaisir, rappellent que l'Isle sur la Sorgue était jadis une ville industrialisée ... Au 18ème siècle, ces roues faisaient fonctionner les nombreuses manufactures de soie, qui furent remplacées au siècle suivant par des fabriques de papier.
Aujourd'hui, on va à l'Isle sur la Sorgue pour chiner, surtout ... La petite ville compte en effet plus de 300 brocanteurs et galeries d'art réparties, souvent regroupés dans de grands bâtiments comme celui qui suit ...
L'endroit est fantastique, car on y trouve de tout ...
Au fil de la balade, on parcourt la Provence d'antan ...
Chaque détail a une âme ...
Les riches propriétaires anglais viennent piocher des idées pour remeubler leurs grandes bastides ... Eh oui, on parle beaucoup anglais, par ici ... Un marchand expose des dizaines de fontaines anciennes, reconstituée dans une grande cour ... juste superbe ...
On grimpe d'un étage à l'autre par de vieux escaliers métalliques repeints ...
Les objets présentés sont très divers ... Ici, ce brocanteur a récupéré un grand casier rouillé sur lequel on mettait à sécher les fromages ...
J'aime l'entrée de ce restaurant ... tout à fait délicieux au demeurant ...
Devant, une galerie expose des meubles immenses fabriqués avec des éléments récupérés de vieilles lignes de train ... traverses de chemin de fer, grands poteaux métalliques, le résultat est époustouflant !
D'autres galeries exposent des objets nettement plus modernes ... que j'aime beaucoup aussi !
L'Isle sur la Sorgue est le royaume de la récupération. Les grands décorateurs d'intérieur viennent souvent se fournir d'idées ... et d'objets ... par ici !
J'aime particulièrement ce magasin, tenu par un couple charmant, entièrement dédié à l'antiquité culinaire. Je craquerais sur tout ... La dernière fois, j'ai résisté in extremis à un merveilleux moule à pâté "pantin" ... Je suis repartie avec juste deux faisselles en aluminium patiné par le temps ... Parfaites pour fabriquer mes petits fromages de chèvre ou de brebis à la sarriette, je les verrais bien aussi montés en petites lampes ... On verra avec le temps ...
Continuons notre flânerie parmi antiquaires et galeries ...
J'ai l'impression d'être dans un gigantesque écomusée ...
Je placerais bien ce billot dans ma cuisine ...
Je craque aussi pour les bouteilles anciennes et les pots de confitures dépareillés ...
Au milieu des galeries, de petits cafés permettent de se désaltérer ou de manger une bricole ...
Je termine mon verre de sirop d'orgeat en parcourant "La Provence" ...
Le journal local regorge d'informations étonnantes ...
Je me rends compte que je raterai encore une fois, cette année, la foire à l'ail de Piolenc ... ça m'énerve ...
Un joli matou gris nous tient compagnie ...
C'est la vraie Provence, ici ...
Au centre de la ville, la traditionnelle grand-place est entourée de platanes immenses ...
Quel meilleur endroit que la fraîche terrasse du Café de France pour siroter un petit pastis en croquant quelques olives ?
On écoute le ruissellement apaisant de l'eau de la fontaine ...
On regarde autour de soi ... On traîne ... c'est bon ...
Les ruelles de l'Isle sur la Sorgue sont étroites et sinueuses ... Les portes des maisons restent ouvertes et l'on s'inviterait volontiers ...
Au fond d'une impasse se niche un joli hôtel particulier ...
Juste à côté, un cheval de bois perché sur un vieux char nous montre l'entrée d'une autre galerie ...
À l'intérieur, sur des toiles anciennes, un chat sommeille ...
C'est le moment de se remettre en route ... J'aime les grandes routes de France bordées de hauts platanes ...
J'aime la France rurale, celle où l'on récolte ce qui nous régalera ... Ici, les courges viennent d'être ramassées ...
Empilées dans d'immenses caisses en bois, dans la lumière du soleil couchant ...
... elles sont tout simplement irrésistibles !
Les vignes ne sont pas en reste ...
On sort de la voiture et l'on erre entre les pieds chargés de beaux fruits mûrs ...
C'est beau, ça sent bon et l'on se prend tout à coup à avoir envie d'un petit verre de blanc très frais !
Sur le chemin du retour, arrêtons-nous une journée dans la belle ville d'Aix en Provence, mise à l'honneur cette été grâce à la superbe exposition Picasso-Cézanne organisée par le merveilleux musée Granet ... Bienvenue dans la ville aux mille fontaines ...
Tâchons de rencontrer les fantômes de Zola et Cézanne à la brasserie des Deux Garçons ...
Saluons le bon Roi René, au bout du Cours Mirabeau ...
Nous sommes au pays des santons ...
Voici Paul Cézanne peignant sur le motif ...
Aix en Provence, c'est aussi le pays des calissons ... ces petites barquettes d'amandes et de melon confit, recouvertes d'une fine couche de glace royale et posées sur une feuille d'hostie ...
La maison Brémond est l'une des plus ancienne à fabriquer cette délicate friandise ...
Déambulons dans les rues de la vieille ville ...
Admirons les plus belles façades ...
Cherchons de l'ombre sous les immenses platanes ...
Profitons-en pour humer les effluves des bons produits d'un marché en plein air ...
Dévorons ces fromages ...
... avec quelques olives macérées aux herbes de la garrigue ...
Encore une fontaine ...
... et la Tour de l'Horloge ...
... juste à côté de l'Hôtel de Ville ...
La foire aux livres anciens est intéressante ... La littérature régionale y est bien représentée ...
Regardons les gens assis aux terrasses des cafés ...
Prenons place nous-mêmes, peut-être ...
Encore le doux clapotis de l'eau d'une fontaine ...
... et nous voilà sur la grande place du Forum des Cardeurs.
Les restaurants y sont nombreux ...
... jolis ...
... aux menus alléchants ...
Mon choix à moi, c'est le Papagayo, avec ...
... sa délicieuse assiette des calanques, aux petits supions marinés ...
... et son rosé bien frais, qui remet les idées en place et rafraîchit divinement ...
On termine par une lichette de clafoutis aux abricots ... tout simple ... très bon ...
On se promène encore un peu ... Remarquez ces statues au coin des rues ... Elles furent placées là pour permettre aux aixois de prier depuis chez eux lors des épidémies de peste. On en croise souvent ...
J'ai aimé ces rangées de chaises un peu rouillées, devant un bar fermé ...
Mon coin préféré ... La place d'Albertas ... datant du 18ème siècle ...
... construite par le Marquis du même nom qui désirait pouvoir faire avancer ses carrosses jusqu'à son hôtel particulier ... Les pavés sont toujours là ...
La fontaine fut ajoutée en 1912. Elle ajoute au charme de cette place délicieuse ...
Je m'assieds toujours un moment sur les marches, à l'entrée de ce lieu d'exception, pour apprécier le calme ...
Revenons un instant à ce qui nous a amené cette fois à Aix-en -Provence ... L'exposition Picasso-Cézanne ...
Prenons les tickets dans la petite rue en-dessous du Musée Granet ... On n'a pas été prévoyant mais faire la queue et piétiner un moment parmi des gens qui ont en commun cette envie de voir de vraies belles choses, de découvrir une sublime partie de notre patrimoine culturel ... ça a quelque-chose de grisant, je trouve ...
Essayons grâce à la juxtaposition de réels chefs-d'oeuvre de deux grands génies de la peinture de prendre la mesure de l'influence, mêlée d'admiration et de respect, qu'exerça Cézanne sur Picasso ...
Au travers de peintures, sculptures, dessins et gravures, on rencontrera Picasso à plusieurs moments de sa réflexion ... Quatre thématiques sont proposées au spectateur ...
Picasso regarde Cézanne … et l'admire ...
Picasso collectionne Cézanne ...Picasso possèdera, dans sa collection personnelle, plusieurs chefs-d’oeuvre de Cézanne … que nous découvrirons ici ...
Thèmes, objets, formes et traits partagés ... des sujets en commun ... avec des compotiers, des crânes, et des baigneurs ... et des fumeurs ...
Picasso se rapproche de Cézanne ... Il acquiert même le château de Vauvenargues, au pied de la Sainte-Victoire que Cézanne a si longtemps peinte ... À son marchand d'art Kahnweiler, il dira fièrement : "J'ai acheté la Sainte-Victoire de Cézanne" ...
Aujourd'hui, à l'heure où je vous raconte mon histoire, l'exposition est terminée ... Dommage, ce fut une manifestation d'exception ...
Mais il y aura d'autres belles expositions, au musée Granet ... Et puis ... la collection permanente est superbe aussi ... Et quand vous en ressortirez, vous entrerez comme nous dans l'église de Saint Jean de Malte, première église gothique construite en Provence ...
... vous admirerez sa belle nef voûtée ...
En ressortant, ne manquez pas de vous recueillir un instant devant La Vierge de la Seds, celle qui accompagne chaque année, au début du mois de Septembre, la procession de la bénédiction des calissons ...
Aix en Provence est si belle ...
Si vous n'avez pas l'occasion d'aller à Aix en Provence tous les jours, procurez-vous ce livre merveilleux ... La cuisine selon Cézanne ... Encore une fois, je pèse mes mots ... Cet ouvrage est un régal de la première page à la toute dernière ...
Vous apprendrez à mieux connaître le merveilleux Cézanne, au décours d'une balade en Provence où magnifiques paysages se mêlent à de somptueuses tables chargées de toute l'essence du Pays ... 50 recettes accompagnent un texte délicieusement appétissant ...
"La famille Cézanne n'est peut-être pas la famille dont peut rêver un jeune artiste qui voudrait que tout, dans la vie, aille dans le sens de son art, mais au moins n'y manque-t-on jamais d'olives ! Au moins y cultive-t-on, dans la tradition, anchoïade et tapenade, pâté de grives et de foie de volaille, gigot et bouillabaisse, daube et estouffade, tomates et courgettes, thym et laurier ..."
"Et Noël ne se passe pas sans accomplir le rituel des treize desserts qui voit s'allier sur la même table calissons, nougats noir et blanc, pâte de coing, abricots confits, melon d'hiver, pompe à l'huile (...) et la ribambelle de fruits secs : figues, raisins, noix, poires et pommes."
" L'atelier sentait ces chambres campagnardes où l'on conserve, à l'automne, des poires et des champignons."
"On ne perd guère de temps et, vite, on passe à table". Pour manger "des petits pâtés chauds", qui viennent de "chez un pâtissier renommé", et une fricassée de poulet aux olives et aux champignons. Le vin, ce jour-là, est ordinaire, le litre posé sur la table est généreusement servi."
"Cézanne aime les produits de la terre de son pays, la cuisine traditionnelle de Provence. A Paris, quand il était jeune, il ne débarquait jamais sans avoir dans ses bagages une bonbonne d'huile d'olive et, provoquant ses camarades par ses goûts culinaires autant que par son accents, il ne manquait jamais de faire l'éloge de la tomate et de l'ail. Il ne cessa jamais d'affirmer, parmi les impressionnistes qui veillaient plutôt à ne pas paraître provinciaux, son originalité provençale."
" Il faut imaginer Cézanne toujours marchant dans la campagne aixoise, partant des journées entières, heureux de sa solitude quand il est ainsi en pleine nature, avec cette obsession de voir ce qui n'a encore jamais été vu, de peindre ce qui n'a jamais été peint avant lui.
Content aussi, de temps à autre, d'être accompagné de quelque ami dont il accepte qu'il peigne à ses côtés, Marion, Ravaisou, Solari, Emile Bernard, avec lesquels il est bon de faire halte, à l'heure du déjeuner, particulièrement le dimanche, l'auberge du Tholonet (en fait une simple épicerie), chez Rose Berne qui fait bien la cuisine, une cuisine traditionnelle, paysanne. Elle sait vous réjouir d'une omelette aux truffes ou aux champignons, d'un canard aux olives, d'un petit verre de vin blanc tiré des vignes voisines."
Vous verrez, vous lirez ce livre comme un carnet de voyage, pas forcément d'une traite mais en y revenant souvent, pour mieux vous imprégner des senteurs et des goûts de notre belle Provence ...
Une petite recette extraite du livre, pour finir ...
Les pommes de terre aux olives et au lard ...
Un plat rustique qui se suffira à lui-même avec une belle salade de mesclun aillée ... mais qui accompagnera aussi avec bonheur une pièce de boeuf rôtie ...
Ingrédients pour 6 personnes :
- 12 pommes de terre moyennes
- 200 g d’olives noires dénoyautées
- 200 g de lard de poitrine demi-sel rincé puis coupé en bâtonnets, sans retirer la couenne qui donnera du moelleux
- 1 gros oignon épluché et émincé
- 3 gousses d’ail épluchées et hachées
- 2 cuillerées à soupe d’huile d’olive
- 1 tomate mûre ou 2 cuillerées à soupe de coulis
- 1 feuille de laurier
- 3 feuilles de sauge
- 1 verre de bouillon de veau
- Sel, poivre du moulin
Préparation :
Dans une cocotte en fonte épaisse, faites chauffer l’huile et ajoutez-y les lardons. Laissez-les dorer de tous les côtés en les remuant souvent.
Épluchez les pommes de terre, lavez-les, séchez-les et coupez-les en gros morceaux.
Retirez les lardons de la cocotte, en laissant la graisse. Remplacez-les dans la cocotte par les oignons et laissez-les prendre couleur en les remuant souvent. Quand ils sont blonds, retirez-les du feu et réservez-les avec les lardons. Dans la cocotte, faites dorer les morceaux de pommes de terre. Remontez le feu et laissez prendre couleur uniformément en secouant de temps en temps la cocotte.
Remettez alors les lardons et les oignons ...
Ajoutez l’ail et les olives, le laurier et, sur le dessus, sans remuer dans un premier temps, le coulis ou la tomate non pelée, juste coupée en 4 et pressée pour éliminer les graines.
Après 5 minutes seulement, mélangez le tout, poivrez généreusement mais ne salez pas encore à cause des olives et du lard. Versez le bouillon et baissez le feu, couvrez et laissez cuire 35 à 40 minutes. Les feuilles de sauge se mêleront à la cuisson 10 minutes avant la fin.
Versez dans un plat creux chauffé pour passer à table.
Régalez-vous ... et passez une bonne semaine ! ;o)